“Think webspace. Not website.”
Un site web n’est qu’un point de repère. C’est là où tout commence et où tout finit.
Tout commence, car ce peut-être par lui qu’un client potentiel découvrira votre société. Là où tout fini - ou au contraire tout commence véritablement - car une fois la décision prise de faire appel à vous, le site devient alors le premier intermédiaire.
Entre cette phase de découverte et la prise de contact, tout va se passer ailleurs…
Les problématiques du B2B sur le web
En B2B, l’acquisition de trafic qualifié est toujours plus complexe qu’en B2C :
- Le « panier moyen » est généralement élevé, et il est rare qu’un prospect éventuel remplisse le formulaire de contact d’une société dont il n’a jamais entendu parler
- En search marketing, les univers sémantiques sont souvent concurrentiels et génériques, et donc présentent des coûts élevés au clic et peu d’espoir de positionnement à court terme en référencement naturel
- La demande est difficile à déterminer, car elle est souvent peu mature sur le web et qu’elle se confond avec celle du grand public.
- En interne, personne n’est là pour faire vivre un site ou alimenter un blog
- Le message et le bénéfice client sont complexes à faire passer en langage web – le print incarnant encore le noyau dur de la communication corporate (il n’est d’ailleurs pas rare de trouver encore des slogans abscons du type : «penser à demain c’est agir aujourd’hui» ou «notre expertise professionnelle pour le développement de votre entreprise»
- La compréhension même du métier par une agence peut être complexe et l’externalisation de la mise en œuvre pour de la création de contenu est par conséquent difficilement envisageable
- La réputation numérique, et la présence dans les médias sociaux sont quasi-inexistants, faute de temps, d’expertise et de compréhension des nouveaux paradigmes du web conversationnel et participatif
Pour ces raisons, et la complexité des marchés ciblés, le web est rarement, à quelques exceptions près, un levier de développement commercial efficace pour le secteur du B2B.
Les limites des dispositifs classiques : la vie après le référencement…
Les moteurs favorisant aujourd’hui le contenu frais (la recherche en temps réel) et le maillage, un site plaquette « à l’ancienne » laissé en friche par ses responsables marketing (qui ont légitimement d’autres choses à faire) n’a aucune raison d’être considéré comme pertinent par les moteurs.
Alors que faire ? Se tourner vers les réseaux sociaux professionnels ? Décentraliser le contenu (Youtube, Flickr, Slideshare) ? Par moment, le consultant que je suis est dans l’impasse. Quoi faire de plus?
Quoi faire de plus lorsque les optimisations de bases sont implémentées ? Lorsque l’architecture du site et son contenu, déjà pensés pour le référencement et l’utilisateur, sont pertinents ?
Sans animation éditoriale régulière (comprenez la mise à jour et la création de contenu) le maillage s’essouffle et ses opportunités de développement s’amenuisent. Toujours attiré par le fond comme par la gravité, le site, s’il ne lutte pas pour monter, finit par descendre lentement dans les pages de résultats.
Le site est certes très beau et très utile mais personne ne le trouve. Et finalement, le cherche-t-on vraiment ?
Le web est un océan tourmenté et mouvant où la marque et sa cible s’éloignent en permanence l’une de l’autre. Pour autant, la solution n’ est pas de se stabiliser mais de tisser des liens.
Votre clientèle n’est pas homogène, mais changeante, contradictoire et éparpillée. Ne restez pas à attendre qu’elle morde à l’hameçon, allez au contact !
Pallier au manque de proximité
Un site ne remplacera jamais un commercial. Si toucher les prospects sur la toile s’avère complexe, il s’agit alors de toucher les zones d’influence et les carrefours d’audience. Et cela ne passe plus par la publicité, que tous les internautes, y compris vous-mêmes, ont appris à ignorer magistralement, mais par le partage et l’échange. Aujourd’hui, en paraphrasant Bruce Sterling « you can’t afford privacy ». Not anymore. La confidentialité n’est plus une option.
Il faut bien comprendre ici que le salut n’est pas dans le dispositif mais dans la prise de conscience.
Pourquoi un site ferait un lien naturellement vers le vôtre sans que vous ne lui demandiez ? Pourquoi un client parlerai de votre marque en bien et gratuitement ? Pourquoi un prospect s’abonnerait-il à votre flux rss ou vous suivrait sur twitter ?
Parce que lui apportez quelque chose. Parce qu’il y trouve un intérêt personnel. Parce qu’il a confiance en vous. Et surtout parce que vous êtes là où il est. Et il n’est pas sur votre site. D’où la nécessité vitale de se dé-sédentariser et de développer son ubiquité numérique.
Success story
Prenons l’exemple d’une agence webmarketing (non je ne fais pas de pub indirecte
).
Imaginons que vous soyez un patron d’entreprise, ou un directeur marketing et que vous souhaitiez engager des actions de visibilité online. Sans connaître personne dans ce métier, vous commencez par effectuer une ou plusieurs recherches dans Google. Vous commencez par saisir :
Agence webmarketing
Vous tombez sur le site d’une agence donnée. Vous regardez la page d’accueil, lisez quelques contenus, regardez les références, tout ceci en moins de 5 minutes parce que c’est la pause de midi et que vous avez un sandwich dans la main et des mails qui arrivent toutes les 2 minutes.
Vous regardez des schémas ou tout est bien expliqué. On vous parle de R.O.I. à droite à gauche, on vous explique que cette méthode est la meilleure, on vous présente des chiffres, des témoignages de clients satisfaits, etc.
Bref, jusqu’ici soyons sincères, rien de bien nouveau sous le soleil. Honnêtement, il est difficile de se faire un idée de la véritable valeur ajoutée d’une entreprise en se basant uniquement sur son site. Celui-ci n’a finalement qu’un rôle de teaser (il doit capter l’attention) ou au contraire, une fois la décision prise, un rôle de repère (il centralise les informations de contact).
Que feriez-vous ensuite ? Vous jetteriez probablement un coup d’œil au blog – et là vous commenceriez à percevoir un peu plus l’humain derrière le prestataire : un ton, un engagement, une vision peut-être ? De la même manière, vous attendez que l’on prenne en compte l’humain derrière le client que vous êtes. Car ce n’est pas la perfection qui compte, mais l’authenticité.
Vous iriez ensuite peut-être saisir le nom de cette société dans Google pour écouter ce qui se dit d’elle. Ou saisir le nom de plusieurs collaborateurs pour voir à quoi ils ressemblent et s’ils ont un profil Viadeo ou Facebook. Qui ne le fait pas ?
Et puis logiquement vous iriez voir la concurrence. Juste pour voir.
Qu’est ce qui ferait pencher votre décision ?
Probablement un ensemble de facteurs et de découvertes aléatoires (le fameux principe de sérendipité) : des recommandations de clients ou experts du métier, des billets sur les sites de consultants, des interviews vidéo, des informations relayées via twitter, des événements réguliers , le bouche à oreille de quelques personnes : en bref, un « bruit », une présence. Présence qui s’étend bien entendu au delà de l’espace digital, avec des rencontres, des salons et conférences dans le « monde réel ».
Pensez comme si votre site n’existait pas
“Les medias sociaux sont difficiles à appréhender pour les marques parce qu’ils sont un ‘processus et non un évènement‘ nous dit Emmanuel Vivier de l’agence Vanksen citant Seth Godin :
Penser en termes d’action (campagne d’achat de mots-clés, référencement, réseaux sociaux, etc.), même de manière durable, n’est plus viable. Désormais, et cela est une tendance de fond, les sociétés ont le devoir de s’inventer une nouvelle logique relationnelle, une logique d’immersion, si elles veulent continuer à exister.
A l’heure où « l’avis d’un simple internaute mécontent a plus de poids qu’une massive et coûteuse campagne de pub » (François Laurent, Marketing 2.0.) et où le citoyen est davantage à la recherche de sens que de signes (« On ne consomme jamais l’objet en soi […] on manipule toujours les objets […] comme des signes qui vous distinguent » Baudrillard, La Société de Consommation) l’on comprendra la nécessité du dialogue réel, et du retour à la valeur d’usage.
Créez du sens à travers le bruit. Considérez vos clients « comme de réels interlocuteurs… et plus de simples cibles » (François Laurent). Parlez avec des individus, ou a des groupes précis, ne vous adressez pas une masse indifférenciée.
Je ne parle pas ici véritablement d’e-réputation positive – laquelle n’est finalement qu’une conséquence – mais de logique socio-éditoriale globale : écouter, apprendre, échanger, retenir, concevoir, planifier, orchestrer et créer du contenu à dimension participative et virale. En bref, créez un contenu que vous pourrez alors “polliniser”, pour reprendre la formule de Jeremiah Owyang, en élaborant une synergie multicanale entre vos différents réseaux de diffusion (pensez à publier un tweet lorsque vous publiez un article, mentionnez votre prochaine conférence dans votre signature mail, mentionnez votre blog sur votre packaging, etc.)
Votre marque n’est peut-être pas encline à fédérer une communauté, et si elle l’est, sachez qu’il vous faudra attendre au moins une année entière avant de récolter les fruits de votre travail. Confiance et influence ne s’acquièrent pas du jour au lendemain.
Si la première étape est donc d’écouter ses clients potentiels (qui sont-ils ? où sont-il ? qu’est-ce qui les intéresse et les fait réagir ?) et de se familiariser avec le langage 2.0. (Les internautes ne sont pas dupes et savant reconnaître quand ça « sonne faux »), la deuxième étape consiste à produire régulièrement un contenu différenciateur qui soit utile et intéressant :
- articles de fond (sur votre métier, vos produits, vos actions)
- articles thématiques (sur des sujets qui dépassent votre métier et vos produits : parlez de ce qui intéresse vos prospects
- brèves d’opportunités (un sujet d’actualité, une lecture, une réflexion)
- Laissez la possibilité à vos collaborateurs, à des experts extérieurs et à vos clients de s’exprimer (de manière cohérente et construite s’entend) sur leur métier
- Proposez un service de dialogue, de suggestions, un espace de rencontre ou de co-création, à l’image de Make London Better
- Lancez des enquêtes, des formations en ligne
- et surtout : ouvrez la porte aux commentaires (sans oublier d’y répondre !)
Une fois la ligne éditoriale définie (de quoi parler ? à quelle fréquence ?), il vous faudra trouver les supports adéquats. Pour ce faire le blog reste l’arme absolue (blog d’entreprise, blog de consultant, blog éphémère, etc.), mais au final, chaque support (viméo, slideshare, twitter, facebook, etc.) doit également posséder sa propre ligne éditoriale, cohérente avec le positionnement global de l’entreprise.
Ne reste plus qu’à diffuser et continuer à écouter et apprendre. Et apprendre à écouter (deux qualités cruciales pour entretenir une relation, quelle qu’elle soit).
Le R.O.I. (Retour sur Influence detrônant le Retour sur Investissement) ? Mieux connaître vos clients, gagner leur confiance et par la même valoriser votre capital marque, accentuer votre notoriété, développer le bouche-à-oreille. En d’autres termes : développer un relation beaucoup plus forte qu’une relation commerciale.
Le vertige de la proximité
Cette nouvelle logique conversationnelle est certainement plus adaptée aux petites et jeunes structures, où le gérant peut lui-même discuter avec ces clients sur Facebook (comme sur la page fans de la marque Archiduchesse). Pour les grandes structures, cela semble plus difficile à mettre en place. En tout cas certainement pas du jour au lendemain. Encore une fois, il faut apprendre et faire ses gammes.
Si les nouveaux métiers de community manager ou de social marketing manager semblent être la nouvelle panacée (”si les jeunes veulent du facebook on va leur en donner“), il n’empêche que “le sommet sera toujours trop éloigné de la base” (pour paraphraser Seth Godin), toujours trop attentiste. Toujours “déconnectée.”
Cette logique d’échange et de dialogue doit s’inviter à tous les postes de l’entreprise.
Et cela implique nécessairement une rupture totale de culture d’entreprise. Une logique de terrain : Passer de l’intermédiaire à l’immédiat : Pouvoir agir à la fois dans l’urgence et dans la durée.
Si la stratégie est essentielle, initier des discussions et réagir aux discussions nécessite des circuits de validation performants et surtout de la réactivité.
L’une des choses que je dis souvent à mes clients qui désirent se lancer dans les réseaux sociaux c’est : « imaginons que le premier commentaire soit négatif à l’égard de vos services » comment allez-vous réagir ? Saurez-vous réagir « en un claquement de doigts » comme le dit Fabrice Ebelpoin ?
Conclusion
Votre communication n’est plus cette chose extérieure et versatile, froidement édifiée. Désormais vous êtes la communication. Le temps du contrôle de l’image et de la distance est (presque) révolu.
Sachez humblement attirer l’attention et inspirer confiance. Sachez ouvrir la porte aux contradicteurs et vous exposez à la critique. Votre réputation appartient désormais à tout le monde.
Un site n’est qu’un point de repère, il doit confirmer et formaliser un message, une présence qui circule déjà (online & offline). Il n’est qu’un maillon, central certes, mais il n’est qu’un maillon.
Bref, vous voulez réellement être présent sur le web ? Un moyen d’y parvenir : Pensez comme si votre site n’existait pas.
La formule “Think Webspace. Not Website” est tirée de l’article 10 Golden Rules in Social Media Marketing



























