10.09.09

Eloge du silence

Débat très enrichissant hier matin sur France Culture avec Alain Finkielkraut (émission du 09/09/09).

Deux sujets m’ont interpellé :

Le rôle formateur de la littérature

Laquelle permet de révéler à l’homme la pluralité de la condition humaine et la stratification de l’existence :  «La  littérature nous apprend à nous défier des théorèmes de l’entendement et à substituer au règne des antinomies celui de la nuance » (la phrase est tirée du “Coeur Intelligent“, le nouveau roman de Finkielkraut).

Cette littérature aujourd’hui désertée au profit de l’immédiateté et du polychronisme, ce bruit blanc permanent qui ne laisse pas la moindre place à l’approfondissement et à la fertilité du silence. Contre la “réduction vertigineuse” du monde actuel, de plus en plus assujetti à l’interruption et à la distraction, la littérature nous apprend le recueillement et  “l’esprit de nuance”.

L’absence d’ennui (trop de loisirs, trop de communication, trop de connexion), la dictature de l’ouverture (« open », la baseline de la marque Orange), de l’urgence (les breaking news), de la nouveauté (une expression à la mode intégrant le mot marketing sort toutes les semaines) nous éloigne en permanence de la sérénité indispensable à la lecture et à l’introspection. Car, comme le rappelle Mr Finkielkraut, il faut être déconnecté pour lire et se laisser porter par le voyage du récit. Nous avons perdu le goût du silence, du recul et celui de l’ennui.

Je vous conseille, à ce propos, deux articles instructifs sur la façon dont Google, et plus largement internet, modifie notre manière de lire, de penser et de concevoir le monde :

L’omniprésence du rire d’aujourd’hui

(« ce rire omniprésent et intouchable, presque forcené »).

Qui se veut moderne aujourd’hui se doit de rire de tout, d’ironiser (quel article ou quel nom d’émission ne tire pas profit du jeu de mot ou du clin d’œil ?). La question est posée : se moque-t-on de tout par esprit critique ou par « esprit du temps » ? Le rire est devenu synonyme de conformisme. Ce ricanement réflexe est aussi symptôme d’urgence et de superficialité ; le rire d’aujourd’hui, empreint de références et de second degré, passe-t-il avant la véritable réflexion ? “Le calembour est le trait noir de l’esprit” disait Voltaire. Encore un jeu de mot vous me direz…

Personnellement, toutes ces réflexions ont fait écho au documentaire “Apocalypse” diffusé hier soir sur France 2 (”Apocalypse” a lui-même un double sens entre le sens étymologique “révélation” et le sens commun de “destruction“). Les fausses couleurs, les faux bruits, le montage sous forme narrative, la musique qui nous indique quand avoir peur, quand culpabiliser ou quand être triste. Tout cela est dérangeant. Tout cela participe du même bruit, d’un même discours quasi-idéologique. Même si, il faut bien l’avouer, le récit nous captive, il nous est difficile de se concentrer, de faire le tri en soi, de laisser libre court à ses pensées, à ses réflexions..

Le web 2.0 c’est le passage du monologue au dialogue, dit-on. Le pouvoir des masses, le “refus symbolique de l’autorité et de l’expertise” comme le démontre François Meuleman, dans son ouvrage “Storytelling, marketing non-marchand“. Il serait dommage que ce vrai-faux dialogue ne soit que cacophonie inconsistante. Il serait dommage de ne plus s’entendre…

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